Retour Pigne au Net n° 31

Histoire de la bande dessinée (3)

L'avènement de la bande dessinée réaliste (de 1929 à 1931)

 

La bande dessinée américaine privilégie l’humour depuis le début, le terme "comic strip" le démontre  bien. En 1929, Popeye apparaît dans la série Thimble Theater, puis Mickey Mouse fait ses débuts en bande dessinée. Celui-ci est déjà connu dans les dessins animés depuis 1927. À partir de 1929, les Américains découvrent des bandes dessinées plus réalistes, comme Tarzan (de Harold Foster, tiré de l’œuvre de Edgar Rice Burroughs en 1929), Buck Rogers (Dick Calkins et Philip F. Nowlan - 1929), Dick Tracy (Chester Gould – 1931) et Blondie (Chic Young – 1930). Le comic strip réaliste connaît ainsi ses débuts, offrant à son public quelque chose pour tous les goûts. Pendant cette décennie, il devient de plus en plus populaire.

La crise économique sert un peu d’inspiration, de toiles de fond, à des bandes dessinées américaines telles que Peter the Tramp, un vagabond, (Clarence D. Russell – 1932) et Mary Worth, l’histoire d’une vendeuse de pommes (1934). Mais tout de même, c’est le temps de l’aventure, des westerns, de la science fiction, fantaisie, de l’intrigue policière… Les séries comme Jungle Jim, Flash Gordon et  Secret Agent X-9 (tous d’Alex Raymond – 1934), Mandrake the Magician (Lee Falk et Phil Davis – 1934) et etc. le prouvent bien. C’est aussi en 1934 que Betty Boop fait son apparition en bande dessinée, après être née en dessin animé plus tôt

La fin d'un âge d'or (de 1935 à 1939)

Le "comic book" va commencer à prendre de plus en plus de place. En 1937, Detective Comics est lancé. C’est le premier  "comic book" qui est consacré à un thème précis. C’est dans ce "comic book" que Batman fera sa première apparition peu d’années après, dépassant le succès de Superman (conçu par Jerry Siegel et Joe Shuster, un canadien de Toronto) qui était paru en 1938 dans Action Comics. Ce sont les deux premiers super-héros dignes de ce nom et ils vont dominer le monde des bandes dessinées américaines.

Durant une dizaine d’années, des chefs d’œuvre devenus maintenant des classiques apparaissent aux États-Unis et se font bientôt expédier vers les quatre coins de la Terre. Certaines se poursuivent encore en ce moment, mais d’autres furent délaissées par le public, à mesure que d’autres essayaient de reprendre les séries là où les créateurs les avaient laissées. Mais des super-héros tels que Batman et Superman restent toujours en vie grâce aux productions cinématographiques et aux divers produits qui portent toujours leurs marques.

 

Évolution de la presse française (de 1929 à 1938)

 

Les bandes dessinées américaines sont beaucoup distribuées en France par les magazines spécialisés à la fin des années 20. Ce qu’on appelait les « illustrés » ont du chemin à faire. Depuis la dernière décennie, ils n’ont pas beaucoup évolué et ils subissent maintenant la concurrence des bandes dessinées plus modernes. On essaie donc de les changer de format, d’y incorporer quelques récits plus modernes (avec des phylactères), mais ça ne s’améliore pas beaucoup plus. On propose depuis 1929 des nouveaux titres tels que Benjamin, Cœurs Vaillants et Ric et Rac. Le Journal de Mickey fait son apparition en 1934, gagnant les cœurs et s’emparant ainsi rapidement de la tête des ventes. Les « adversaires » se dressent alors : Hurrah! fait son apparition en 1935, Junior, Robinson, l’Aventureux et Aventures entrent en scène l’année suivante, suivis du Journal de Toto et Hop-là! , pour finir avec l’As et Jean-Pierre en 1938.

Naissance de bande dessinée belge (de 1929 à 1938)

Puis, après toutes ces aventures française arriva Hergé, responsable du Petit Vingtième, un supplément pour les jeunes du quotidien le XXe Siècle. En 1929, naissent de cet artiste belge deux personnages qu’y ne se feront probablement jamais oublier : Tintin et son chien Milou. En 1930, il a déjà pondu un autre duo, Quick et Flupke, deux jeunes farceurs. Pendant ce temps, les éditions Gordinne de Liège préparent la sortie d’un premier recueil de bande dessinée illustré par les Français Étienne Le Rallic et Marijac ou les Belges Albert Fromenteau et Al Peclers

DUPUIS, un éditeur belge, crée un hebdomadaire qui porte le nom d’un de ses personnages qui deviendra lui aussi un succès : Spirou, dessiné en premier, par Rob-Vel (1938-1943). L’hebdomadaire propose aussi Tif et Tondu (Fernand Dineur) et des bandes dessinées étrangères telles que Dick Tracy de Chester Gould et Dino e Dario de Kurt Caesar (Kurt Caesar reste comme l'un des plus grands dessinateurs réalistes des années 30 et 40).

L'expansion de la bande dessinée européenne

En 1930, les créations venant des Amériques dominent toujours dans les périodiques comme L’Audace, Jumbo, L’Avventuroso, Topolino et Il Vittorioso (en Italie, bien sûr) Yumbo, La Revista de Tim Tyler et Aventurero (en Espagne). À cause des conflits politiques du temps, les séries anglo-saxonnes sont interdites en Italie, à l’exception de Mickey Mouse que les enfants du Duce adoraient. Le fait que le Ministère de la culture populaire sous le régime mussolinien ait interdit les autres bandes dessinées donne un coup de pouce aux créateurs Italiens tels que Rino Albertarelli qui a créé les réalistes Alle Frontiere del far West et Il Dottor Faust, Walter Morino (Capitan l’Audace et Virus), Kurt Caesar (Dino e Dario) et plusieurs autres.

En Espagne, la revue Chicos sort en 1938, en pleine guerre civile. Elle présente des œuvres d’auteurs tels que Jésus Blasco et Emilio Freixas. Tandis qu’en Grande-Bretagne, les spécialistes considèrent les années 30 comme étant l’âge d’or de la bande dessinée, la parution de plusieurs périodiques tels que The Midget (1931), Dazzler et Chuckler (1934), Rocket et Target (1935), Sunshine et Mickey Mouse Weekly (1938) et Bouncer (1939) contribuent à cet effet. Le quotidien Daily Mirror se met à faire paraître des séries d’une grande qualité, comme Buck Ryan de Don Freeman et Jack Monk, Jane de Norman Pett et Garth de Steve Dowling.

C’est lors de la Seconde Guerre mondiale que plusieurs publications vont disparaître. Cela marque un temps mort pour beaucoup d’endroits qui devront attendre la fin de la guerre pour revoir les bandes dessinées.

Spirou de Rob-Vel

Les Métamorphoses de Spirou

Tout au long de son existence, Spirou n'a cessé d'évoluer. La métamorphose qu'il vient (en 1999) d'accomplir avec la complicité de Tome et Janry n'est qu'une des nombreuses modifications qui ont marqué sa carrière de héros de bande dessinée.

Il y a eu plusieurs dessinateurs de Spirou, dont Rob-Vel (1938-1943), Jijé (1943-1946), Franquin (1947-1968), Fournier (1969-1979), Cauvin et Broca (1981-1983), Tome et Janry (1981-1998), Morvan et Munuera (2004-2007)

Spirou de Tome et Janry

Sources :

Textes : Dictionnaire mondial de la Bande Dessinée

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